FR:Argumentaire technique

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Open Street Map : Un nouveau défi pour les géomètres


L'émergence d'une cartographie participative communautaire

l’histoire récente d’une communauté engagée

Dates clés

juillet 2004 : Steve Coast, étudiant britannique, met en place un service hébergé pour importer les données GPS et produire une carte libre gratuite et collaborative.

août 2006 : Création de la fondation OpenStreetMap.

2008 : 25 000 comptes.

2009 : 100 000 comptes.

Le 19 janvier 2009 : Réponse favorable de la DGI pour utiliser les flux WMS du site cadastre.gouv.fr afin d’importer les données issues du cadastre.

11 mai 2009 : Accord du responsable Corine Land Cover France pour une utilisation dans OSM.

2010 : 200 000 comptes.

Janvier 2010 : Tremblement de terre à Haïti. Des volontaires utilisent des images satellites et aériennes pour cartographier sur OSM et de manière précise la zone sinistrée et ainsi aider les secours sur place qui bénéficient d'informations précieuses.

Octobre 2010 : Partenariat entre la fondation Wikimedia et OpenStreetMap pour une mise à disposition de serveurs et l’intégration des carte glissantes sur wikipedia (top 10 des sites les plus consultés au monde).

Novembre 2010 : Steve Coast est embauché par Microsoft au département Bing Maps. De fait, Bing Maps met ses photos aériennes à disposition d’OSM.

Décembre 2010 : MapQuest décline son site cartographique en créant Open MapQuest basée sur OpenStreetMap. Il intègre l’ éditeur en ligne Potlach 2.

2011 : 300 000 utilisateurs enregistrés.

2012 : 500 000 utilisateurs enregistrés.

Principe

« Le but est de créer une carte du monde sous licence libre en utilisant le système GPS ou d'autres données libres  ».

Il s'agit de faire une description objective de l'environnement et de ce qui est « visible ». La priorité est de cartographier la voirie, sa hiérarchie (autoroute, principale, résidentielle...), son type d'accès (véhicules, cycles, piétons,...) et ses contraintes (obstacles, limites de vitesse ou de circulation...).

Cet apport se fait essentiellement par intégration de traces GPS assisté par la photo interprétation. Ensuite, il s'agit d'enrichir la carte avec les points d’intérêt (POI). En général, les repères majeurs sont localisés en premier (équipements publics, lieux de vie...) avant de s'étendre sur tout ce qui est visible (jusqu'aux feux tricolores, aux bornes de recyclage, voire aux bornes incendies).

En parallèle, les données cadastrales (le bâti, points d'eau, cimetière, voies ferrées), les points géodésiques IGN (seuls éléments libres de la base IGN) et les données d'occupation du sol (Corine Land Cover) importées de manière massive contribuent à affiner la cartographie du territoire.

Aujourd'hui, Open Street Map devient le « wikipédia de la cartographie » et s'impose comme le symbole de la « néogéographie ».

Les acteurs

Un esprit collaboratif innovant

Chacun peut participer au projet en améliorant et en qualifiant la carte en fonction de ses compétences et de ses connaissances. La cartopartie est le symbole de l’esprit communautaire collaboratif. Plouarzel, une petite commune de Bretagne a mis à disposition une salle communale à un petit groupe de contributeurs qui ont en l’espace de quelques jours cartographié la totalité de la commune, ce travail a ensuite été utilisé pour réaliser un plan de ville. Cet exemple fait parti des premières démarches volontaires d'une collectivité, qui se généralise progressivement sur d'autres territoires et des thématiques particulières.

Encouragé par l'OSGeo (fondation Géospatiale Open Source qui promeut l'offre de logiciels open source en géomatique), le monde "libriste" et de jeunes sociétés informatiques s’approprient les données issues d’OpenStreetMap afin de créer des services web innovants. Puisque les données sont accessibles et gratuites, les développeurs peuvent se concentrer sur la mise en oeuvre de services audacieux. Nous avons aujourd’hui un laboratoire où foisonnent et mûrissent les idées. C’est ainsi que les collectivités découvrent des savoir-faire qu’elles n’auraient pas pu pousser jusqu’alors (transport : calcul intermodal, handicap : accessibilité des lieux de vie, suivi actualisé de l’aménagement du territoire, observatoires thématiques : économie, mobilité, tourisme…). En contrepartie, elles s’engagent, dans un cercle vertueux, à verser leurs données publiques pour alimenter ce laboratoire (démarche OpenData à Rennes, Paris, Montpellier…).

Une intelligence collective Des SOTM (State Of The Map) sont organisés aux États-Unis depuis 2007 et en Europe depuis 2011. Ces rencontres permettent aux utilisateurs de mettre en partage leurs bonnes pratiques sous la forme de conférences. Des groupes de contributeurs s’organisent autour de projets cartographiques. Selon les projets, émergent des règles sémantiques (tags) et cartographiques (conventions graphiques) adoptées de manière consensuelle. L’importance de la communauté permet de faire de la veille sur les bonnes pratiques. C’est ainsi que des territoires se distinguent par des savoir-faire originaux : l’hyperdescription de l’occupation des sols (Hollande), la cartographie intérieure des bâtiments, l’exhaustivité de l’adressage (Allemagne)…

Une association, un forum et un wiki

Pour compléter cette panoplie d’environnement contributif, deux sites existent afin d’aider les contributeurs à capitaliser leurs expériences : un forum et un wiki. Le forum fonctionne comme un lieu d’échange et de discussion, où chacun peut apporter son éclairage sur des interrogations ou sollicitations qui ont été formulées publiquement. Le wiki va plus loin en structurant le savoir sous la forme d’articles modifiables par chacun et reliés entre eux. Nous y trouvons, de façon organisée, les connaissances utiles pour prendre en main l’environnement d’OpenStreetMap.

Depuis le 8 octobre 2011, la fondation OpenStreetMap a sa déclinaison française, OpenStreetMap France. Il s’agit d’une association de loi 1901. Les objectifs de l’association sont :

  • promouvoir le projet OpenStreetMap à travers, notamment, la collecte, la diffusion et l’utilisation de données cartographiques sous des licences libres,
  • faciliter et approfondir les contacts et les collaborations avec les entités publiques et privées déjà amorcés dans toutes les régions,
  • Informer et former le public général, les participants au projet et tous les professionnels ou non-professionnels intéressés par l’intégration d’une cartographie libre dans leurs réalisations,
  • devenir le relais officiel de la Fondation OpenStreetMap qui administre la base de données internationale.

Le fonctionnement

La licence

La licence actuelle est une licence internationale Creative Commons ShareAlike (CC-BY-SA) qui permet de partager et de modifier l’œuvre à condition de mentionner la paternité d’OpenStreetMap et de diffuser la carte modifiée sous la même licence. Depuis fin 2010, l’ensemble des contributeurs sont invités à approuver la nouvelle licence ODbL (Open Database License). Cette licence permet de partager, de produire des créations ou d’adapter la base de données aussi longtemps que l’on mentionne sa paternité, qu’on la partage à l’identique et que l’on n’en restreint pas l’accès.

La technique (démarche qualité)

La première étape est de créer son compte, en s’inscrivant sur le site www.openstreetmap.org. Avant de faire des modifications, quelques questions doivent être posées sur la collecte des données et sur l’alimentation d’OSM. L’ajout de données repose sur deux règles strictes : il est interdit de copier des plans qui ne sont pas libres de droit et les données doivent être issues ou vérifiées sur le terrain. La collecte se fait par acquisition de traces GPS personnelles, par photo interprétation ou par relevé terrain avec smartphone, gps ou sur des plans papier (ex : walking paper). Plusieurs outils gratuits permettent d’intégrer ces données dans OpenStreetMap : les principaux sont l’éditeur en ligne Potlach (accessible depuis le site) et l’éditeur à télécharger JOSM (Java OpenStreetMap). Pour les professionnels les solutions SIG récentes proposent des extensions qui permettent d’intégrer les données OSM (ARCGIS 10, MAPINFO 11, QGIS 1.7). Les objets sont des points, des lignes ou des surfaces identifiés de manière unique et qualifiés grâce à des étiquettes ou « tags » qui peuvent prendre toutes les valeurs possibles (name, amenity, landuse, building…). L’affichage de ces objets dans OpenStreetMap est lié à la valeur de ces étiquettes (par exemple highway=residential pour une voie résidentielle). Par souci d’unité, la communauté s’accorde en général sur les valeurs les plus souvent utilisées. Cependant, de nouvelles valeurs peuvent être proposées à la communauté au fil des usages via le wiki. Ce système d’étiquettes (par convention anglaises à cause de l’envergure mondiale du projet) qui peuvent s’additionner à volonté permet une grande souplesse dans la qualification des objets géographiques. Par exemple, un commerce peut avoir comme étiquette « name=restaurant Les amis », «amenity=restaurant », « phone = 04 90 40 ** ** », « wheelchair=yes » …

La veille des contributeurs et alertes

A la manière de wikipédia chaque modification est tracée, ce qui permet de suivre la vie de l’objet au travers des flux RSS (Really Simple Syndication) géographiques. Cette fonctionnalité est complétée par un autre outil très utile : le suivi des modifications par contributeur. De cette manière, il est possible de contrôler le contenu et la qualité de la donnée et d’informer le contributeur d’éventuelles erreurs. Dans le cas où une erreur importante est relevée, la fonctionnalité « revert » permet de revenir à l’état initial avant la modification. D’autres outils permettent de contrôler la topologie ou de gérer les conflits lors d’import massifs de données ; notamment lorsque plusieurs contributeurs travaillent sur le territoire.

Un référentiel convergent au service de projets territoriaux

La commune d'Orange : un acteur enthousiaste.

En juin 2011 la commune d’Orange a saisi l'opportunité d'une demande de son Office de Tourisme de concevoir un plan de ville pour pallier la liquidation de l'éditeur historique. Le projet OSM en Mairie était déjà mûr, en attente d'activation. Le passage du SIG mairie sous ARCGIS 10 a permis d'utiliser les fonds OSM dans les productions cartographiques. De cette manière, l'outil en ligne WebVilleServer utilisé par le personnel intègre les flux wms d’OpenStreetMap. De même, les différentes productions sortant du service SIG ont permis d'explorer diverses thématiques : l'urbanisme (PLU), les transports (cartes de localisation des lignes et plans de quartiers pour les abribus) ou encore le développement économique (mise en place d'un observatoire économique, localisation de l'offre territoriale et en particulier des locaux vacants). Afin de préparer la version suivante du plan de ville (réalisée dans l'urgence), une sensibilisation du personnel municipal et des élus a été faite. C'est ainsi qu'ont été mobilisés différents services, comme la police municipale, le service voirie, le secteur élection et le guichet unique. En parallèle, la police municipale a manifesté l’intérêt de mettre à jour son atlas des rues grâce à cet environnement. Des alertes sont émises pour améliorer la description du réseau viaire. Dans un second temps des partenaires locaux ont été sensibilisés au projet : l'association des commerçants, l'Office de tourisme (l'ensemble du personnel a été formé afin de produire des cartes pour les touristes), la CCI et la société privée Accessite gérant un parc commercial.

Le département de Vaucluse : un réseau vertueux

Afin de mettre en place un observatoire économique, la mairie d’Orange souhaitait suivre la mutation du tissu économique de son territoire. Rapidement, les services mobilisés se sont heurtés à un problème de taille : la création et la mise à jour d’une base de données économique est un exercice complexe et chronophage. Dans une démarche de construction commune avec les partenaires naturels (CCI, associations de commerçants) l’idée d’une base de données unique restait inatteignable. En effet les consulaires restent propriétaires de leurs données qu’ils vendent. Les associations n’ont pas de temps à dédier, ni les moyens ou les compétences pour qualifier des bases de données. Aujourd’hui OpenStreetMap permet d’avoir un référentiel commun et de pousser ensemble les projets. Dans la mission de développement économique, l’intuition a été de qualifier le tissu économique (localisation du commerce, des entreprises, zones d’activités et vacance des locaux) au-delà des limites communales, à l’échelle du bassin économique. C’est ainsi qu’un travail de sensibilisation auprès des chargés de missions des territoires voisins a commencé : la communauté de communes Rhône-Lez-Provence (Bollène), la COVE (agglomération de Carpentras) et la COGA (Grand Avignon). Chacun de ces territoires a trouvé avec cette approche une occasion de débloquer des dossiers en attente : vacance des locaux, création d’une base adresses, suivi des zones d’activités, l’objectif commun de ces acteurs étant de développer l’attractivité territoriale.

D’autres acteurs impliqués dans l’aménagement du territoire ont voulu s’approprier la démarche dans leurs missions : CITADIS (SEM départementale d’aménagement de zones) et l’agence d’urbanisme du Grand Avignon.

En parallèle, la démarche de création de contributeurs se poursuit avec l’université d’Avignon (master Géomatique) et le lycée viticole d’Orange (BTS) afin d’affiner la qualification des territoires.

Les géomètres se positionnent-ils dans l’OpenData ?

Dans le but d’améliorer la qualité et la fiabilité des données, les promoteurs d’OpenStreetMap sur Orange ont contacté un grand cabinet de géomètres sur la commune : le cabinet Courbi. Ce dernier est intéressé par l’originalité de la démarche et comprend l’intérêt et le besoin d’expertise d’OpenStreetMap. Il prévoit, dans le cadre d’une phase test, d’être pilote pour la livraison de données topographiques géoréférencées. De plus, il souhaite sensibiliser l’ordre des géomètres du département de Vaucluse sur le bénéfice d’une telle démarche et sur un partenariat pour la libération des données topographiques. Les géomètres de Vaucluse pourraient alors assister l’association OpenStreetMap France dans la qualification des données. Enfin, il suggère que la possibilité de livrer des données foncières soit discutée au niveau national entre l’OGE et les représentants d’OpenStreetMap.

De son côté le cabinet Courbi envisage de faire signer à ses futurs clients une clause permettant au cabinet de libérer toutes données autres que foncières.

L’apport précieux des géomètres peut, à terme, permettre de créer une alternative technique au Plan Cadastral Informatisé (PCI) qui soit libre, collaborative et qui puisse servir de référentiel pour les aménageurs territoriaux.


Article rédigé par les mandataires spéciaux OSM-France :

Jean-Louis ZIMMERMANN, Développeur territorial, Mairie d’Orange et Tony EMERY, Chef de projet SIG, Mairie d’Orange

le 13 octobre 2011